Le tissu adipeux brun, qu’est-ce que c’est ?

Dernière mise à jour 14 août 2026 par Alberto Guardia

On pense souvent au tissu adipeux comme une simple réserve de graisse, celle qu’on aimerait parfois voir fondre. Pourtant, il existe deux tissus adipeux bien différents : le tissu adipeux blanc, notre principale réserve d’énergie, et le tissu adipeux brun, un tissu beaucoup plus rare capable de brûler des calories pour produire de la chaleur. Dans cet article, nous vous expliquons ce qu’est le tissu adipeux brun, où il se situe dans le corps, comment il fonctionne, et pourquoi il intéresse autant la recherche sur le diabète de type 2 et l’obésité.   Les mammifères ont deux types de tissu adipeux :
  • Le tissu adipeux blanc
  • Le tissu adipeux brun
 

Le tissu adipeux blanc :

Le tissu adipeux blanc se compose de cellules spécialisées appelées : adipocytes. Ces dernières stockent les acides gras provenant de la digestion d’un repas. Le tissu adipeux blanc est la plus importante réserve énergétique de l’organisme et représente 15 à 20% du poids de l’adulte. Il sert également d’isolant thermique et mécanique. Son rôle est d’assurer la synthèse, le stockage et la libération des lipides. De plus, les adipocytes du tissu adipeux blanc sécrètent une hormone, la leptine. Celle-ci agit au niveau de l’hypothalamus afin de réguler notre appétit. On parle d’hormone de satiété. La leptine est sécrétée par les adipocytes lorsque ceux-ci sont gorgés de lipides, signalant au cerveau que nous avons suffisamment mangé. La leptine jouerait également un rôle sur l’appareil reproducteur (maturation sexuelle, fécondité, stérilité).  

Le tissu adipeux brun :

Le tissu adipeux brun est également composé d’adipocytes à la différence que ceux-ci contiennent un grand nombre de mitochondries. Les mitochondries contenues dans les adipocytes bruns ont une particularité : elles sont les seules à produire la protéine UCP1 (UnCoupling-protein 1). Lorsque UCP1 est activée, elle va court-circuiter le gradient électrochimique essentiel à la synthèse d’ATP lors de la phosphorylation oxydative, libérant ainsi de l’énergie sous forme de chaleur. Au lieu de générer de l’ATP, la mitochondrie va alors produire de la chaleur.  

Où se trouve le tissu adipeux brun dans le corps ?

Chez le nourrisson, le tissu adipeux brun est particulièrement développé. Il se situe principalement au niveau de la nuque, entre les omoplates, autour des reins et des glandes surrénales, ainsi que dans les aisselles. Cette localisation stratégique permet au nouveau-né, qui ne sait pas encore frissonner, de maintenir sa température corporelle dès les premières heures de vie. Chez l’adulte, le tissu adipeux brun devient beaucoup plus discret, mais il ne disparaît pas complètement. Grâce à l’imagerie médicale (le TEP-scan, ou PET-scan), une vaste étude portant sur plus de 50 000 examens a confirmé la présence d’un tissu adipeux brun actif chez environ 10 % des adultes examinés, principalement dans les régions supraclaviculaire (au-dessus des clavicules), cervicale et paravertébrale (1).    
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Le tissu adipeux brun, qu’est-ce que c’est ?
 

Tissu adipeux blanc et tissu adipeux brun : quelles différences ?

Ainsi, bien que les deux types de tissus adipeux stockent des acides gras, le tissu adipeux brun a en plus la particularité de produire de la chaleur. Le tissu adipeux blanc peut également contenir des amas de cellules aux propriétés intermédiaires, que l’on appelle tissu adipeux beige (ou « brite », pour « brown-in-white »). Sous l’effet du froid ou de certains stimuli, ces adipocytes beiges apparaissent au sein du tissu adipeux blanc et se rapprochent alors du tissu adipeux brun dans leur capacité à produire de la chaleur (2). Le pourcentage de tissu brun (et beige) au sein du tissu blanc varie entre autres avec l’âge et l’environnement. Cette plasticité de l’organe adipeux peut également être influencée par (3) :
  • Des stimuli nutritionnels
  • Les températures
 
Important
L’intérêt des adipocytes bruns est qu’ils semblent contrecarrer des maladies chroniques telles que le diabète de type 2 et l’obésité : dans la même étude portant sur plus de 50 000 personnes, environ 20 % des participants obèses sans tissu adipeux brun détectable présentaient un diabète de type 2, contre moins de 8 % parmi ceux chez qui ce tissu était présent (1). Stimuler spécifiquement les adipocytes bruns, par exemple par des médicaments, pour augmenter la dépense énergétique liée à cette production de chaleur reste une piste de recherche activement explorée pour la perte de poids — même si, à ce jour, aucun traitement ne permet encore de l’activer sélectivement sans toucher d’autres tissus (2).
 

Cas intéressant : l’exposition à la chaleur

L’exposition à la chaleur entraîne une diminution de l’activité du système nerveux sympathique sur le tissu adipeux brun résultant en une réduction de la production de chaleur. Les adipocytes du tissu adipeux brun se transforment alors en cellules similaires aux adipocytes du tissu adipeux blanc. Cette transformation implique une réduction de l’expression du gène codant pour le UCP1 et une augmentation de l’expression du gène de la leptine. A contrario, l‘exposition au froid implique l’activation des adipocytes bruns via le système nerveux sympathique. En quelques heures, les adipocytes bruns stimulés adaptent la production de chaleur en synthétisant de nouvelles mitochondries et davantage de UCP1. Ceci nous permet de maintenir notre température corporelle proche de 37°. Le froid et le système nerveux sympathique sont donc des régulateurs essentiels du tissu adipeux brun.  

En synthèse

  • Deux tissus adipeux bien distincts : le tissu adipeux blanc stocke l’énergie, le tissu adipeux brun la brûle en produisant de la chaleur.
  • La protéine UCP1, présente uniquement dans les mitochondries des adipocytes bruns, transforme l’énergie en chaleur au lieu de la stocker sous forme d’ATP.
  • Le tissu adipeux brun est surtout présent chez le nourrisson (nuque, omoplates, reins), mais persiste en petite quantité chez l’adulte, notamment autour des clavicules.
  • Le tissu adipeux beige fait le lien entre les deux : ces cellules apparaissent dans le tissu blanc sous l’effet du froid ou de certains stimuli nutritionnels.
  • Le froid active le tissu adipeux brun, la chaleur le fait au contraire régresser vers un profil proche du tissu blanc.
  • Un espoir thérapeutique : stimuler le tissu adipeux brun est une piste de recherche pour lutter contre le diabète de type 2 et l’obésité.

 

FAQ

1. Qu’est-ce que le tissu adipeux brun ? C’est un type de tissu graisseux dont les cellules (adipocytes) contiennent un grand nombre de mitochondries riches en protéine UCP1. Contrairement au tissu adipeux blanc qui stocke l’énergie, le tissu adipeux brun la transforme en chaleur.

2. Quelle est la différence entre le tissu adipeux blanc et le tissu adipeux brun ? Le tissu adipeux blanc est la principale réserve d’énergie de l’organisme et sécrète la leptine, l’hormone de la satiété. Le tissu adipeux brun, lui, brûle des acides gras et du glucose pour produire de la chaleur grâce à la protéine UCP1, plutôt que de les stocker.

3. Qu’est-ce que le tissu adipeux beige (ou « brite ») ? C’est un tissu intermédiaire : des cellules aux propriétés proches du tissu adipeux brun qui apparaissent au sein du tissu adipeux blanc sous l’effet du froid ou de certains stimuli nutritionnels.

4. Où se trouve le tissu adipeux brun dans le corps ? Chez le nourrisson, il se situe surtout au niveau de la nuque, entre les omoplates, autour des reins et dans les aisselles. Chez l’adulte, il persiste en plus petite quantité, principalement autour des clavicules, du cou et le long de la colonne vertébrale.

5. À quoi sert la protéine UCP1 ? UCP1 court-circuite le mécanisme normal de production d’ATP dans la mitochondrie : au lieu de fabriquer de l’énergie chimique, elle la libère directement sous forme de chaleur. C’est cette protéine, propre aux adipocytes bruns, qui rend la thermogenèse possible.

6. Le tissu adipeux brun peut-il aider à lutter contre le diabète de type 2 ou l’obésité ? C’est en tout cas une piste de recherche prometteuse : une étude portant sur plus de 50 000 personnes a montré que les participants obèses chez qui un tissu adipeux brun actif était détectable avaient une prévalence de diabète de type 2 nettement plus faible que ceux sans tissu adipeux brun détectable. Reste à savoir si l’on peut un jour l’activer volontairement et de façon ciblée pour en tirer un bénéfice thérapeutique : c’est ce que la recherche explore actuellement.

7. Comment activer son tissu adipeux brun ? Le principal activateur connu est le froid, via le système nerveux sympathique : quelques heures d’exposition suffisent pour que les adipocytes bruns synthétisent de nouvelles mitochondries et davantage de UCP1. À l’inverse, la chaleur tend à le faire régresser.

   

Bibliographie

  1. Becher T, Palanisamy S, Kramer DJ, et al. Brown adipose tissue is associated with cardiometabolic health. Nature Medicine. 2021;27(1):58-65. Disponible sur : https://doi.org/10.1038/s41591-020-1126-7
  2. Carpentier AC, Blondin DP, Haman F, Richard D. Brown Adipose Tissue — A Translational Perspective. Endocrine Reviews. 2023;44(2):143-192. Disponible sur : https://doi.org/10.1210/endrev/bnac015
  3. Cypess AM, Cannon B, Nedergaard J, et al. Emerging debates and resolutions in brown adipose tissue research. Cell Metabolism. 2025;37(1):1-16. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.cmet.2024.11.002
 

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