
- On parle de diabète gestationnel ou de diabète de la grossesse lorsque des taux de sucre sanguins élevés (hyperglycémies) sont constatés pour la première fois au cours d’une grossesse.
- La grossesse s’accompagne de modifications du métabolisme des glucides visant à assurer une nutrition adéquate à la fois à la mère et au foetus.
- Durant les premières semaines de la grossesse, la sensibilité à l’insuline chez la mère est légèrement augmentée.
- A partir du 2ème trimestre, une résistance modérée à l’insuline s’installe chez la mère, permettant d’augmenter la disponibilité des substrats énergétiques pour le foetus.
- Si la fonction pancréatique de la mère est déficiente, la sécrétion d’insuline est insuffisante pour compenser la demande supplémentaire. Cette situation conduit ainsi au diabète gestationnel.
- En cas de diabète gestationnel, la mère ne produit pas assez d’insuline pour contrôler le taux de sucre circulant dans son sang. L’excès de sucre de son sang va traverser le placenta et parvenir au foetus amenant à un poids et une croissance excessifs.
- Le dépistage entre la 24 à la 28ème semaine permet de diagnostiquer ce type de diabète grâce à des seuils de glycémie précis (voir plus bas).
- La plupart des femmes n’ont aucun des symptômes typiques d’un diabète (p. ex. fatigue, soif importante, besoins d’uriner fréquemment, etc.).
- Dans 85% des cas, le diabète gestationnel se traite par une modification des habitudes alimentaires et une bonne hygiène de vie
- Un contrôle de la glycémie est recommandé environ 6 semaines après l’accouchement, car 25 à 50% des femmes concernées développent un diabète de type 2 par la suite.
La régulation de la glycémie chez la femme enceinte non diabétique
La grossesse s’accompagne de modifications du métabolisme des glucides visant à assurer une nutrition adéquate à la fois à la mère et au foetus en cours de croissance. Afin d’assurer les besoins nutritionnels du foetus, la femme enceinte est soumise à des bouleversements métaboliques et hormonaux contribuant à favoriser :- la mise en réserve des substrats énergétiques (glycogènes, lipides) chez elle lors du 1er trimestre,
- l’utilisation des substrats énergétiques (glucose, acides gras libres, acides aminés) par le foetus dès la deuxième partie de la grossesse.
Comment se réalise cette mise en réserve des substrats énergétiques chez la mère ?
Durant les premières semaines de la grossesse, la sensibilité à l’insuline chez la mère est légèrement augmentée. Ceci permet aux glucides de plus facilement entrer dans ses cellules et favoriser ainsi cette mise en réserve énergétique sous forme de glycogènes et de lipides.Comment le foetus est favorisé pour l’utilisation des substrats énergétiques ?
À partir du 2ème trimestre, une résistance modérée à l’insuline s’installe chez la mère, permettant d’augmenter la disponibilité des substrats énergétiques pour le foetus, ce qui favorise sa croissance. Autrement dit, comme la mère est plus résistante à l’insuline, moins de glucides entrent dans ses cellules et sont donc plus disponibles pour le foetus. Classiquement, cette résistance à l’insuline est attribuée au TNF-alpha, sécrété par le placenta vers la circulation maternelle.Quels sont les risques pour l’enfant ?
Chez une femme enceinte présentant un diabète gestationnel, le glucose en excès est transmis au fœtus. Ce surplus de glucose sera stocké dans les organes de l’enfant, résultat : poids et croissance excessifs. C’est pourquoi la complication la plus fréquente est la macrosomie : un poids à la naissance supérieur à 4kg et qui peut entraîner un accouchement difficile ou compliqué. D’autres complications pour l’enfant sont possibles comme :- une détresse respiratoire
- une hypoglycémie néonatale
- un risque de développer un diabète de type 2 ou un surpoids à plus long terme
Quels sont les risques pour la mère ?
Pour les mères, la complication la plus grave est la survenue d’une prééclampsie pouvant associer :- une prise de poids
- des œdèmes
- une hypertension artérielle
- un accouchement par césarienne
- un risque de développer un diabète de type 2 après la grossesse
- un accouchement prématuré
- une toxémie gravidique (complications rénales)
- un risque de récidive lors d’une prochaine grossesse, estimé entre 30 et 84% selon les études (Fédération Française des Diabétiques)
Quels sont les symptômes du diabète gestationnel ?
La plupart des femmes n’ont aucun des symptômes typiques d’un diabète (p. ex. fatigue, soif importante, besoins d’uriner fréquemment, etc.).
Le diabète peut parfois se manifester par des signes non spécifiques, comme une tendance accrue aux infections urinaires, une élévation de la tension artérielle, une augmentation de la quantité de liquide amniotique ou la présence de sucre dans l’urine.
Le dépistage entre la 24 à la 28ème semaine permet de le diagnostiquer plus tôt sans attendre que ces signes amènent les soignants à le suspecter.
Quels sont les facteurs de risque du diabète gestationnel ?
Les facteurs de risque sont :- Body Masse Index (BMI)* avant la grossesse > 25 kg/m2.
- Age > 35 ans.
- Prise de poids excessive pendant la grossesse.
- Avoir donné naissance à plusieurs enfants.
- Avoir des parents diabétiques de type 2.
- Avoir déjà eu un diabète gestationnel.
- Avoir déjà eu un enfant pesant > 4kg à la naissance.
- Avoir un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).
- Avoir déjà fait des fausses couches à répétition.
Le dépistage du diabète gestationnel
Le dépistage systématique du diabète pendant la grossesse fait partie des mesures de prévention recommandées pour le suivi de la grossesse.
Il comprend une première prise de sang, à jeun, entre la 24ème et la 28ème semaine de grossesse (plus tôt en cas de facteurs de risque). Ceci afin de doser le taux de sucre dans le sang de la mère.
Si ce dosage révèle un taux de sucre élevé dans le sang (ou si plusieurs facteurs de risque sont présents), il convient d’effectuer un second test de détection du diabète gestationnel nommé «hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO)».
Ce test se déroule de la façon suivante :
- Une première prise de sang est faite dès l’arrivée de la future mère.
- Il faut ensuite boire une boisson sucrée qui contient 75g de glucose.
- Une heure après avoir bu cette boisson sucrée, on mesure la glycémie chez la mère.
- Deux heures après avoir bu la boisson sucrée, on mesure à nouveau la glycémie de la mère.
| Moment de la mesure | Seuil diagnostique |
| À jeun | ≥ 5,1 mmol/L (0,92 g/L) |
| 1 heure après la boisson sucrée | ≥ 10,0 mmol/L (1,80 g/L) |
| 2 heures après la boisson sucrée | ≥ 8,5 mmol/L (1,53 g/L) |
Pourquoi dépister le diabète gestationnel ?
En cas de diabète gestationnel, le surplus de sucre sanguin de la mère va traverser le placenta et parvenir au foetus. Cela aura pour effets de stimuler la sécrétion d’insuline chez le foetus et donc de favoriser la prise de poids et sa croissance.
Dès lors, il faudra s’attendre à un bébé avec une taille et un poids importants pouvant compliquer l’accouchement.
C’est pourquoi le dépistage du diabète gestationnel permet de diminuer ce risque au moment de l’accouchement.
Quel est le traitement ?
Très souvent, le diabète gestationnel se traite par une modification des habitudes alimentaires et une bonne hygiène de vie (repos, sommeil et activité physique) qui seront souvent suffisants pour contrôler le diabète de grossesse. Il n’est pas rare non plus d’avoir recours aux médicaments, notamment à des injections d’insuline durant la grossesse.
Côté alimentation, l’objectif est de lisser les pics de glycémie après les repas plutôt que de bannir des aliments : privilégier des glucides à index glycémique modéré, fractionner les repas en 3 repas et 2-3 collations, et respecter autant que possible l’ordre des aliments dans l’assiette (légumes et protéines avant les féculents) pour limiter la montée du sucre sanguin.
Les clefs d’un traitement réussi s’appuient sur un dispositif qui comprend :- la motivation de la patiente,
- son autosurveillance glycémique,
- des mesures hygiéno-diététiques,
- une équipe pluridisciplinaire de médecins qui suivent l’évolution de la patiente et de son diabète (médecin généraliste, gynécologue, nutritionniste, diabétologue…).
Après l’accouchement : quel suivi pour le diabète gestationnel ?
Dans la grande majorité des cas, la glycémie se normalise dès l’accouchement, sans intervention particulière. Un contrôle de la glycémie est toutefois recommandé environ 6 semaines après l’accouchement, puis à intervalle régulier (annuel dans l’idéal), car 25 à 50% des femmes ayant eu un diabète gestationnel développent un diabète de type 2 dans les années qui suivent (Association Suisse du Diabète).
Ce suivi permet aussi d’anticiper : le risque de récidive lors d’une prochaine grossesse étant élevé (voir plus haut), une bonne hygiène de vie après l’accouchement (alimentation équilibrée, activité physique régulière, poids de forme) reste la meilleure prévention, aussi bien pour une prochaine grossesse que pour la santé à long terme de la mère.
Enceinte et un peu perdue face aux nouvelles règles alimentaires ?
Entre les seuils de glycémie, les rendez-vous et les conseils parfois contradictoires, il est facile de se sentir dépassée. Pourtant, stabiliser sa glycémie au quotidien repose sur quelques principes simples, que je vous partage dans mon guide gratuit :
« 3 jours, 3 outils pour un déclic immédiat »
- L’ordre des aliments à adopter dès le début du repas pour lisser la courbe de glycémie
- L’assemblage optimal d’une assiette (fibres, protéines, bons gras) pour éviter les pics
- Les remplacements intelligents pour continuer à manger avec plaisir, sans deviner à chaque repas
FAQ
1. Qu’est-ce que le diabète gestationnel, en résumé ? C’est une hyperglycémie (taux de sucre élevé dans le sang) qui apparaît pour la première fois pendant la grossesse, généralement entre la 24ème et la 28ème semaine, et qui disparaît le plus souvent après l’accouchement.
2. Le diabète gestationnel est-il fréquent ? Oui, c’est l’une des complications les plus fréquentes de la grossesse : il concerne environ 10 à 15% des grossesses en Suisse, et jusqu’à 16,7% des naissances dans le monde selon les dernières données de l’IDF (2021).
3. Quand et comment se fait le dépistage du diabète gestationnel ? Il se fait par une prise de sang à jeun entre la 24ème et la 28ème semaine de grossesse (plus tôt en cas de facteurs de risque). Si le résultat est intermédiaire ou si des facteurs de risque sont présents, un test HGPO (hyperglycémie provoquée par voie orale) complète le dépistage.
4. Quels sont les seuils de glycémie qui posent le diagnostic ? Un seul résultat au-dessus de ces seuils suffit : 0,92 g/L (5,1 mmol/L) à jeun, 1,80 g/L (10,0 mmol/L) 1 heure après la boisson sucrée, ou 1,53 g/L (8,5 mmol/L) 2 heures après.
5. Le diabète gestationnel provoque-t-il des symptômes ? La plupart du temps, non : il est le plus souvent asymptomatique, ce qui explique pourquoi le dépistage systématique est essentiel. Quelques signes non spécifiques sont parfois observés : fatigue, soif importante, infections urinaires à répétition.
6. Quels sont les principaux risques pour le bébé ? Le principal risque est la macrosomie (poids de naissance supérieur à 4 kg), qui peut compliquer l’accouchement. Une hypoglycémie néonatale et une détresse respiratoire sont également possibles, ainsi qu’un risque accru de surpoids ou de diabète de type 2 à plus long terme.
7. Le diabète gestationnel se traite-t-il toujours par l’insuline ? Non : dans environ 85% des cas, une modification des habitudes alimentaires et une activité physique régulière suffisent à contrôler la glycémie. L’insuline n’est prescrite que si ces mesures ne suffisent pas.
8. Le diabète gestationnel disparaît-il vraiment après l’accouchement ? Oui, dans la grande majorité des cas, la glycémie se normalise dès l’accouchement. Un contrôle est toutefois recommandé environ 6 semaines après, car le risque de développer un diabète de type 2 par la suite reste augmenté.
9. Quel est le risque de refaire un diabète gestationnel lors d’une prochaine grossesse ? Le risque de récidive est élevé, estimé entre 30 et 84% selon les études, ce qui justifie une surveillance rapprochée dès le début de toute grossesse ultérieure.
- Quels sont les risques lors d’une grossesse chez une femme diabétique ?
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Bibliographie
- Monnier L. Diabétologie. 2ème éd. Paris: Elsevier Masson; 2014.
- Buchanan TA, Xiang AH, Page KA. Gestational Diabetes Mellitus: Risks and Management during and after Pregnancy. Nature Reviews Endocrinology. 2012;8(11):639-649. Disponible sur : https://doi.org/10.1038/nrendo.2012.96
- Catalano PM. Trying to understand gestational diabetes. Diabetic Medicine. 2014;31(3):273-281. Disponible sur : https://doi.org/10.1111/dme.12381
- International Diabetes Federation. Gestational diabetes [Internet]. IDF Diabetes Atlas, 10e édition, 2021. Disponible sur : https://idf.org/about-diabetes/gestational-diabetes/
- Association Suisse du Diabète. Diabète gestationnel [Internet]. Disponible sur : https://www.diabetesuisse.ch/a-propos-du-diabete/formes-de-diabete/diabete-gestationnel
- CHUV. Dépistage du diabète gestationnel [Internet]. Disponible sur : https://www.chuv.ch/fr/dfme/dfme-home/femme-mere/grossesse-accouchement/consultations-dobstetrique/diabete-gestationnel/depistage-du-diabete-gestationnel
- Fédération Française des Diabétiques. Diabète gestationnel [Internet]. Disponible sur : https://www.federationdesdiabetiques.org/information/diabete-gestationnel
