Quels sont les risques lors d’une grossesse chez une femme diabétique ?

Dernière mise à jour 14 août 2026 par Alberto Guardia

Femme enceinte diabétique surveillant sa glycémie pendant sa grossesse
Quels sont les risques lors d’une grossesse chez une femme diabétique ?
Pour faire suite à notre article consacré au diabète gestationnel, nous vous proposons un focus sur les risques potentiels lors d’une grossesse chez une femme diabétique (diabète de type 1 ou de type 2, préexistant à la grossesse). Pour cela, nous allons présenter les changements métaboliques normaux au cours d’une grossesse et mentionner dans des encadrés bleus les spécificités concernant spécifiquement les femmes diabétiques enceintes. Les risques potentiels lors d’une grossesse chez une femme diabétique proviennent principalement :
  • d’un mauvais contrôle de la glycémie au moment de la conception et en tout début de grossesse
  • des changements métaboliques normaux au cours d’une grossesse
  • de complications dégénératives préexistantes (rétinopathie, néphropathie) ou de la prééclampsie
La bonne nouvelle : avec une glycémie bien équilibrée avant et pendant la grossesse, le risque de complications pour la mère et pour l’enfant se rapproche fortement de celui d’une grossesse sans diabète. C’est pourquoi la programmation de la grossesse est une étape essentielle, que nous détaillons dès la première section.

Programmer sa grossesse quand on est diabétique

Contrairement au diabète gestationnel qui apparaît pendant la grossesse, le diabète de type 1 ou de type 2 est déjà présent avant la conception. C’est justement ce qui rend la programmation de la grossesse si importante : la plupart des risques présentés dans cet article sont directement liés à l’équilibre glycémique avant et pendant les toutes premières semaines de grossesse, période où se forment les organes du bébé (organogenèse, jusqu’à environ 10 semaines d’aménorrhée).
L’objectif est d’atteindre une HbA1c inférieure ou égale à 6,5% avant l’arrêt de la contraception, et de la maintenir tout au long de la grossesse. Une consultation préconceptionnelle avec l’équipe diabétologique permet aussi de faire le point sur le fond d’œil, la fonction rénale, le traitement (arrêt des antidiabétiques oraux au profit de l’insuline) et la supplémentation en acide folique. Dans de rares cas (rétinopathie proliférante non stabilisée, complications cardiovasculaires sévères), la grossesse doit être différée le temps de stabiliser la situation.

Les changements métaboliques normaux au cours d’une grossesse

Premier trimestre de grossesse

Lors du 1er trimestre, toutes les femmes enceintes sont soumises à des bouleversements métaboliques et hormonaux. Le but de ces bouleversements est de favoriser la mise en réserve de glycogène et de lipides chez la mère.
Pour favoriser la mise en réserve de glycogène et de lipides, les cellules de la femme enceinte sont plus sensibles à l’insuline. De ce fait, le glucose entre plus facilement dans ses cellules. Le premier trimestre se caractérise donc par une tendance aux hypoglycémies chez la femme enceinte.
Dans les toutes premières semaines de la grossesse, les besoins en insuline peuvent donc transitoirement baisser. Les nausées du premier trimestre viennent parfois compliquer les repas et augmenter ce risque d’hypoglycémie : un resserrement de l’autosurveillance glycémique est recommandé durant cette période.

Deuxième trimestre de grossesse

A partir du 2ème trimestre, il s’installe une résistance à l’insuline chez la mère conduisant à des hyperglycémies. Ceci afin de faciliter l’absorption des glucides par le foetus, favorisant ainsi sa croissance.
Si les doses d’insuline chez la femme diabétique enceinte ne sont pas adaptées, l’hyperglycémie résultante peut conduire à des acidocétoses (2 à 3% au cours de la grossesse chez une femme diabétique). L’acidocétose entraîne un risque élevé de mort foetale (10 à 20%) et constitue une urgence médicale : nausées, douleurs abdominales, respiration rapide ou soif intense doivent amener à contrôler immédiatement la cétonémie ou la cétonurie.

Troisième trimestre de grossesse

La résistance à l’insuline continue d’augmenter chez la mère jusqu’à la 33ème semaine d’aménorrhée (SA), augmentant également ses besoins en insuline, qui peuvent doubler voire tripler par rapport à avant la grossesse. Ultérieurement, la résistance à l’insuline se stabilise jusqu’à l’accouchement.
Le risque d’acidocétose est encore plus élevé lors du 3ème trimestre, et peut être majoré par la nécessité d’introduire des corticoïdes (pour la maturation pulmonaire foetale) ou des beta-mimétiques en cas de menace d’accouchement prématuré : ces traitements augmentent transitoirement mais fortement les besoins en insuline.

L’accouchement

Les besoins en insuline chutent brutalement lors de la délivrance (jusqu’à 50% de baisse), et reviennent très vite à leur niveau de base.
L’adaptation des doses d’insuline doit être rapide en post-partum, notamment en cas d’allaitement, de façon à éviter les hypoglycémies. L’allaitement reste tout à fait possible et même encouragé chez la femme diabétique : il est recommandé de garder des glucides à absorption rapide à portée de main pendant les tétées.
En résumé
Tableau de synthèse des changements métaboliques et des risques pendant la grossesse chez la femme diabétique

Quels sont les risques pour le bébé pendant la grossesse ?

Contrairement au diabète gestationnel, le diabète préexistant à la grossesse expose l’enfant à un risque supplémentaire de malformations congénitales, car le diabète est déjà présent au moment de la formation des organes.
Risque pour l’enfant Ce qu’il faut savoir
Malformations congénitales Risque directement lié à l’HbA1c en début de grossesse : environ 6 à 12% lorsque l’HbA1c périconceptionnelle dépasse 6,5%, contre un risque proche de la population générale lorsque l’équilibre est bon avant la conception.
Macrosomie Poids de naissance souvent supérieur à 4kg en cas de diabète mal contrôlé, avec un risque accru de dystocie des épaules à l’accouchement.
Hypoglycémie néonatale La complication néonatale la plus fréquente : le bébé, habitué à produire beaucoup d’insuline in utero, peut faire une hypoglycémie à la naissance. Une surveillance glycémique est systématique dans les heures qui suivent l’accouchement.
Détresse respiratoire Maturation pulmonaire parfois retardée, en particulier en cas d’accouchement prématuré.
Hydramnios Excès de liquide amniotique lié à l’hyperglycémie maternelle, pouvant augmenter le risque d’accouchement prématuré.
Une grande étude de population menée au Royaume-Uni a retrouvé un taux de malformations congénitales d’environ 46 pour 1000 naissances chez les femmes diabétiques (type 1 et type 2), soit plus du double du taux attendu dans la population générale, avec une multiplication par 4 environ du risque d’anomalie du tube neural et par 3 environ du risque de cardiopathie congénitale. C’est précisément ce que vise à réduire un bon équilibre glycémique avant et en tout début de grossesse.

Quels sont les risques pour la mère pendant la grossesse ?

Prééclampsie

La prééclampsie est plus fréquente chez la femme diabétique, en particulier en cas de mauvais contrôle glycémique, de néphropathie ou d’hypertension préexistante. Elle associe une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines, et peut nécessiter une surveillance rapprochée, voire une naissance avant terme si elle s’aggrave.

Rétinopathie

La grossesse augmente le risque de survenue d’une rétinopathie (de 10 à 20%) ou de son aggravation (de 25 à 80%). Ce risque persiste jusqu’à un an après l’accouchement. En l’absence de rétinopathie préexistante, il s’agit le plus souvent de formes minimes, non prolifératives. La surveillance en cours de grossesse est impérative (examen du fond d’œil tous les 3 mois, plus rapproché en cas de rétinopathie préexistante) et le recours au laser pendant la grossesse est possible si nécessaire.

Néphropathie

La grossesse ne semble pas accélérer à long terme l’évolution de la néphropathie diabétique. En revanche, l’existence d’une néphropathie diabétique est très péjorative pour le pronostic fœtal. Les risques sont : la prééclampsie et un retard de croissance intra-utérin.

Le suivi médical pendant la grossesse chez une femme diabétique

Une grossesse chez une femme diabétique est une grossesse à risque, suivie par une équipe pluridisciplinaire (diabétologue, gynécologue-obstétricien, sage-femme, diététicien(ne), parfois néphrologue ou ophtalmologue) et idéalement dans une maternité disposant d’un service de néonatologie.
  • HbA1c ou fructosamine mensuelle, avec un objectif d’HbA1c < 6,5% pendant la grossesse.
  • Autosurveillance glycémique rapprochée (6 à 8 mesures par jour), avec des objectifs stricts : glycémie à jeun < 5,3 mmol/L (0,95 g/L) et 1 heure après les repas < 8 mmol/L (1,44 g/L) environ, selon les protocoles.
  • Fond d’œil tous les trimestres (plus souvent en cas de rétinopathie préexistante).
  • Échographies de croissance et échocardiographie foetale pour dépister d’éventuelles malformations, en particulier cardiaques.
  • Cardiotocographie (monitoring du rythme cardiaque foetal) en fin de grossesse.
L’accouchement est généralement programmé entre 38 et 39 semaines d’aménorrhée lorsque le contrôle glycémique est bon et qu’il n’y a pas de complication associée. Il peut être avancé en cas de vasculopathie, de néphropathie, de mauvais contrôle glycémique ou d’antécédent de mort foetale. Une césarienne peut être proposée si le poids foetal estimé dépasse 4,25 kg, pour limiter le risque de dystocie des épaules.
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Enceinte et diabétique : par où commencer côté assiette ?

Entre les objectifs de glycémie plus stricts, les rendez-vous et les conseils parfois contradictoires, il est facile de se sentir dépassée. Pourtant, lisser sa glycémie au quotidien repose sur quelques principes simples, que je vous partage dans mon guide gratuit :
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FAQ

1. Une femme diabétique peut-elle avoir une grossesse normale ? Oui, dans la grande majorité des cas. Avec une glycémie bien équilibrée avant et pendant la grossesse et un suivi médical rapproché, le risque de complications se rapproche fortement de celui d’une grossesse sans diabète.

2. Pourquoi faut-il programmer sa grossesse quand on est diabétique ? Parce que les organes du bébé se forment dès les toutes premières semaines de grossesse, souvent avant même que la grossesse ne soit connue. Un bon équilibre glycémique avant la conception réduit fortement le risque de malformations.

3. Quel est l’objectif d’HbA1c avant et pendant la grossesse ? L’objectif est généralement une HbA1c inférieure ou égale à 6,5% avant la conception, maintenue en dessous de ce seuil tout au long de la grossesse, sans multiplier les hypoglycémies.

4. Le diabète augmente-t-il le risque de malformations chez le bébé ? Oui, si la glycémie est mal contrôlée au moment de la conception et en tout début de grossesse. Le risque diminue fortement lorsque l’HbA1c est proche des objectifs avant même le début de la grossesse.

5. Quels sont les signes d’acidocétose à surveiller pendant la grossesse ? Nausées, douleurs abdominales, respiration rapide, soif intense et glycémie élevée doivent amener à contrôler immédiatement la cétonémie ou la cétonurie : il s’agit d’une urgence médicale, plus fréquente et plus dangereuse pendant la grossesse.

6. La grossesse aggrave-t-elle la rétinopathie diabétique ? Elle peut favoriser sa survenue ou son aggravation, surtout en l’absence de suivi. C’est pourquoi un examen du fond d’œil est recommandé avant la grossesse puis tous les trimestres.

7. Quand et comment se déroule l’accouchement chez une femme diabétique ? Il est généralement programmé entre 38 et 39 semaines d’aménorrhée en cas de bon contrôle glycémique. Une césarienne peut être proposée si le poids foetal estimé dépasse 4,25 kg.

8. Peut-on allaiter quand on est diabétique ? Oui, l’allaitement est possible et encouragé. Il est conseillé de garder des glucides à absorption rapide à portée de main pendant les tétées, le risque d’hypoglycémie étant augmenté à ce moment-là.

9. Les besoins en insuline changent-ils après l’accouchement ? Oui, ils chutent brutalement à la délivrance (jusqu’à 50%) puis reviennent rapidement à leur niveau habituel : les doses doivent être réadaptées rapidement en post-partum pour éviter les hypoglycémies.

Bibliographie

  1. Monnier L. Diabétologie. 2ème éd. Paris: Elsevier Masson; 2014.
  2. American Diabetes Association. 15. Management of Diabetes in Pregnancy: Standards of Care in Diabetes—2026. Diabetes Care. 2026;49(Suppl 1):S321-S334. Disponible sur : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41358885/
  3. Confidential Enquiry into Maternal and Child Health (CEMACH). Perinatal mortality and congenital anomalies in babies of women with type 1 or type 2 diabetes in England, Wales, and Northern Ireland: population based study. BMJ. 2006;333(7560):177. Disponible sur : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16782722/
  4. Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). Prise en charge du diabète type 1 ou 2 (prégestationnel) [Internet]. Disponible sur : https://www.hug.ch/vdoc/HUG_000000811.pdf
  5. Fédération Française des Diabétiques. Diabète & Grossesse [Internet]. Disponible sur : https://www.federationdesdiabetiques.org/diabete/diabete-femme/diabete-grossesse
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