Les effets de l’activité physique dans l’organisme

Dernière mise à jour 14 août 2026 par Alberto Guardia

Pour comprendre l’effet bénéfique de l’activité physique chez un diabétique (et un non diabétique), il faut d’abord comprendre les effets de l’activité physique dans l’organisme : que devient le sucre que nous mangeons une fois que nous bougeons, et pourquoi ce mécanisme concerne tout particulièrement les personnes diabétiques.
Les effets de l'activité physique dans l'organisme chez le diabétique
Les effets de l’activité physique dans l’organisme

Physiologie durant l’activité physique :

Durant les premières minutes de l’exercice :

Le sucre, sous sa forme de stockage (glycogène), est dans un premier temps désassemblé en molécule de glucose. Ce dernier va d’abord être consommé (pour générer des molécules d’ATP) par la voie anaérobique (en attendant l’arrivée d’oxygène dans le muscle). Une fois que l’oxygène est disponible pour les cellules musculaires, celui-ci va être utilisé pour consommer du sucre via la voie aérobique. Nous avons vu que la voie aérobique génère plus de molécules d’ATP que la voie anaérobique. Nous avons également vu que l’ATP contient des liaisons chimiques à haute énergie qui permettent, entre autres, la contraction musculaire (Le métabolisme des glucides, qu’est-ce que c’est ?). En plus de la glycogénolyse, les cellules musculaires vont absorber du glucose se trouvant dans la circulation sanguine. En effet, l’activité physique va stimuler les cellules musculaires à faire entrer le glucose se trouvant dans la circulation sanguine dans ses cellules, grâce à des transporteurs spécifiques (les GLUT4) qui se déplacent vers la membrane de la cellule musculaire. Ce mécanisme a une particularité essentielle pour un diabétique : contrairement à celui déclenché par l’insuline, il est activé directement par la contraction musculaire elle-même, donc en grande partie indépendant de l’insuline (1). C’est précisément ce qui explique qu’une activité physique fasse baisser la glycémie même lorsque l’action de l’insuline est limitée — et pourquoi elle peut, à l’inverse, faire chuter trop fortement la glycémie lorsqu’elle s’ajoute à une insuline déjà active dans le sang (nous y revenons plus bas).

Après 5 à 10 minutes d’activité physique :

Les réserves de glycogène dans les cellules musculaires diminuent. La quantité de sucre dans la circulation sanguine diminue également. De ce fait, du glucagon est alors libéré. Ce dernier va agir dans le foie afin que ce dernier libère du glucose via sa glycogénolyse. Le glucose ainsi libéré va pouvoir être « brûlé » par les cellules musculaires afin de continuer à générer des molécules d’ATP.

Après 20 minutes d’activité physique :

Dans les cellules musculaires et dans les cellules du foie, les réserves de glycogène sont vides. D’autres hormones que le glucagon (adrénaline, noradrénaline, cortisol, etc.) entrent en action. L’adrénaline et la noradrénaline vont par exemple stimuler les cellules graisseuses à libérer leurs triglycérides dans la circulation sanguine. Les acides gras pourront alors servir de combustible pour générer de l’ATP et le glycérol pourra être converti en glucose dans les cellules du foie (Le métabolisme des lipides, qu’est-ce que c’est ?).

Après plus de 20 minutes d’activité physique :

Si l’intensité de l’effort est faible à modéré, les muscles vont continuer à utiliser le glucose provenant du foie et les acides gras. Ces derniers ne peuvent pas remplacer le glucose. En cas d’absence du glucose, il se forme alors des corps cétoniques.

Avec de l’entraînement :

Avec un entraînement régulier pendant une longue période, l’organisme va s’adapter en :
  • Développant le réseau vasculaire du muscle afin de mieux l’irriguer.
  • Développant nos cellules musculaires.
  • Augmentant le nombre de mitochondries dans les cellules musculaires (nos usines à énergie).
Cette dernière adaptation n’est pas seulement une question de performance sportive : un muscle plus riche en mitochondries et en capillaires devient aussi plus sensible à l’insuline, ce qui explique pourquoi une activité physique régulière améliore le contrôle glycémique dans la durée, chez le diabétique de type 1 comme de type 2 (2).

Activité physique et diabète : ce que ce mécanisme change concrètement

Pourquoi l’activité physique peut provoquer une hypoglycémie

Comme on l’a vu plus haut, l’activité physique fait entrer le glucose dans les cellules musculaires par une voie qui ne dépend pas (ou peu) de l’insuline. Chez une personne diabétique traitée par insuline, ce mécanisme s’ajoute à celui, déjà actif, de l’insuline injectée : la glycémie peut alors baisser plus vite et plus fort que prévu, pendant l’effort mais aussi plusieurs heures après (le temps que les réserves de glycogène se reconstituent). C’est ce qui explique le risque d’hypoglycémie propre à l’activité physique chez le diabétique (3). Notre article Diabète : les bienfaits du sport ! détaille les réflexes concrets pour la prévenir (horaires par rapport aux repas et aux pics d’insuline, resucrage).

Diabète de type 1 et diabète de type 2 : une réponse à l’effort différente

Chez le diabétique de type 1, le pancréas ne produit plus d’insuline : l’organisme dépend entièrement de l’insuline injectée, dont la quantité présente dans le sang au moment de l’effort ne peut pas s’ajuster en temps réel comme le ferait un pancréas sain. L’équilibre entre l’insuline en circulation, les apports en glucides et l’intensité de l’effort demande donc une anticipation plus fine, pour éviter autant l’hypoglycémie que l’hyperglycémie avec cétose. Chez le diabétique de type 2, l’enjeu est différent : le corps produit encore de l’insuline, mais les cellules y répondent mal (insulinorésistance). Ici, l’activité physique agit à la fois sur la glycémie immédiate (par la voie indépendante de l’insuline décrite plus haut) et, avec la régularité, sur la sensibilité à l’insuline elle-même — un double bénéfice qui en fait l’un des piliers du traitement non médicamenteux du diabète de type 2 (2).

Que faire selon sa glycémie avant de démarrer une activité physique ?

Le tableau ci-dessous résume des repères généraux, tirés du consensus international sur la gestion de l’exercice dans le diabète de type 1 (3). Ils ne remplacent pas un avis individualisé : discutez-en avec votre équipe diabétologique pour les adapter à votre traitement et à votre profil.
Glycémie avant l’effortCe que cela signifieRepère général
Moins de 5,0 mmol/l (0,90 g/l)Risque élevé d’hypoglycémie pendant l’effortResucrer (15 à 20 g de glucides rapides) avant de commencer, puis recontrôler
5,0 à 6,9 mmol/l (0,90 à 1,24 g/l)Glycémie basse-normaleUne collation glucidique est souvent utile selon la durée et l’intensité prévues
7,0 à 10,0 mmol/l (1,26 à 1,80 g/l)Zone cible pour démarrerGénéralement possible de commencer sans mesure particulière
10,1 à 15,0 mmol/l (1,82 à 2,70 g/l)Glycémie élevéePossible de démarrer ; surveiller l’évolution, envisager un contrôle des cétones en cas de diabète de type 1
Plus de 15,0 mmol/l (2,70 g/l) avec cétones présentesRisque d’acidocétoseReporter l’activité physique et corriger d’abord la glycémie et la cétonémie
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L’activité physique fait baisser votre glycémie. Votre assiette peut faire le reste.

Vous venez de voir comment l’exercice fait entrer le glucose dans vos muscles, indépendamment de l’insuline. Bonne nouvelle : la façon dont vous composez votre assiette peut, elle aussi, vous aider à faire baisser votre glycémie — au quotidien, pas seulement pendant l’effort.

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  • Les premières minutes : le glycogène musculaire est libéré en glucose, d’abord utilisé par la voie anaérobique puis, dès que l’oxygène arrive, par la voie aérobique (plus productive en ATP). Le glucose sanguin entre aussi dans le muscle via les transporteurs GLUT4, activés par la contraction elle-même — indépendamment de l’insuline.
  • Après 5 à 10 minutes : les réserves de glycogène musculaire s’épuisent, le glucagon est libéré et pousse le foie à son tour à libérer du glucose.
  • Après 20 minutes : le glycogène (muscle et foie) est épuisé, adrénaline, noradrénaline et cortisol prennent le relais et font libérer les acides gras du tissu graisseux.
  • Au-delà de 20 minutes : le glucose hépatique et les acides gras restent les carburants principaux ; en cas d’absence de glucose disponible, des corps cétoniques se forment.
  • Avec l’entraînement : le muscle se vascularise et se développe, le nombre de mitochondries augmente, et la sensibilité à l’insuline s’améliore.
  • Chez le diabétique : l’entrée de glucose indépendante de l’insuline explique le risque d’hypoglycémie à l’effort, avec des enjeux d’anticipation différents en diabète de type 1 (gestion fine de l’insuline injectée) et de type 2 (bénéfice cumulé sur la glycémie immédiate et la sensibilité à l’insuline).

FAQ

1. Que se passe-t-il dans mon corps durant les premières minutes d’une activité physique ? Le glycogène stocké dans vos muscles est d’abord transformé en glucose, brûlé via la voie anaérobique puis, dès que l’oxygène arrive dans le muscle, via la voie aérobique. Vos cellules musculaires absorbent en parallèle du glucose directement depuis votre circulation sanguine.

2. Pourquoi puis-je faire une hypoglycémie pendant ou après le sport ? Parce que l’activité physique fait entrer le glucose dans vos muscles par une voie qui ne dépend pas (ou peu) de l’insuline. Si de l’insuline injectée est encore active au même moment, les deux mécanismes s’additionnent et la glycémie peut chuter plus fort et plus vite que prévu, y compris plusieurs heures après l’arrêt de l’effort.

3. Le diabète de type 1 et le diabète de type 2 répondent-ils de la même façon à l’activité physique ? Non. En type 1, l’insuline injectée ne peut pas s’ajuster en temps réel à l’effort comme le ferait un pancréas sain, ce qui demande une anticipation plus fine. En type 2, l’activité physique agit à la fois sur la glycémie immédiate et, avec la régularité, sur la sensibilité à l’insuline elle-même.

4. Quelle glycémie faut-il avoir avant de commencer une activité physique ? À titre de repère général : en dessous de 5,0 mmol/l (0,90 g/l), mieux vaut se resucrer avant de démarrer ; entre 7,0 et 10,0 mmol/l (1,26 à 1,80 g/l), il est généralement possible de commencer sans précaution particulière ; au-delà de 15,0 mmol/l (2,70 g/l) avec des cétones présentes, l’activité doit être reportée. Ces repères sont à adapter avec votre équipe diabétologique.

5. Pourquoi le corps produit-il des corps cétoniques lors d’un exercice prolongé ? Au-delà de 20 minutes d’effort, si le glucose disponible (venant du foie) ne suffit plus et que les acides gras ne peuvent pas totalement le remplacer comme carburant, l’organisme produit des corps cétoniques à partir des graisses pour continuer à fournir de l’énergie.

6. Qu’est-ce que le GLUT4 et quel est son rôle pendant l’exercice ? C’est un transporteur qui se déplace vers la membrane des cellules musculaires pour y faire entrer le glucose sanguin. Pendant l’effort, ce mécanisme est activé directement par la contraction musculaire, indépendamment de l’insuline — c’est ce qui permet à l’activité physique de faire baisser la glycémie même quand l’action de l’insuline est limitée.

7. Comment l’entraînement régulier améliore-t-il la sensibilité à l’insuline ? En développant le réseau vasculaire et le nombre de mitochondries des cellules musculaires, l’entraînement rend le muscle plus efficace pour utiliser et stocker le glucose, ce qui améliore la sensibilité à l’insuline dans la durée — un bénéfice observé aussi bien en diabète de type 1 que de type 2.

8. Combien de temps après l’arrêt de l’exercice le risque d’hypoglycémie persiste-t-il ? Il peut se prolonger plusieurs heures, le temps que les réserves de glycogène musculaire et hépatique se reconstituent. C’est pourquoi une surveillance de la glycémie reste utile après l’effort, pas seulement pendant.


Bibliographie

  1. Hargreaves M, Spriet LL. Skeletal muscle energy metabolism during exercise. Nature Metabolism. 2020;2(9):817-828. Disponible sur : https://doi.org/10.1038/s42255-020-0251-4
  2. Colberg SR, Sigal RJ, Yardley JE, et al. Physical Activity/Exercise and Diabetes: A Position Statement of the American Diabetes Association. Diabetes Care. 2016;39(11):2065-2079. Disponible sur : https://doi.org/10.2337/dc16-1728
  3. Riddell MC, Gallen IW, Smart CE, et al. Exercise management in type 1 diabetes: a consensus statement. The Lancet Diabetes & Endocrinology. 2017;5(5):377-390. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/S2213-8587(17)30014-1
  4. Revue Médicale Suisse. Diabète de type 1, activité physique et nouvelles technologies. Rev Med Suisse. 2018;14(609). Disponible sur : revmed.ch
  5. Elaine N. Marieb, « Anatomie et physiologie humaines », adaptation de la 6ème éd. américaine. 2005.

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